Le tramway n° 68 fut mis en service le 23 décembre 1893.
A l’époque il partait d’Aubagne pour arriver à la Gare de l’Est (la station Noailles) puis la partie Aubagne – St Pierre fut supprimée. Une autre le n°40 assura ce parcours. Cette ligne de transport urbain de 4 km fut particulière dès sa conception avec son terminus en centre ville en cul-de-sac et le premier tunnel (l’ancètre du métro) afin d’éviter les pentes de la colline au doux nom de « Plaine » (place Jean-Jaurès [1] actuellement). Enfin, autre spécificité, le 68 fut la dernière ligne de tramway existante à Marseille après la fermeture le 25 janvier 1960 des lignes 22 et 23 qui desservaient Mazargues et Ste Anne par l’avenue du Prado et le Boulevard Michelet. Place aux bus et aux trolleybus !
Entrée de la gare Noailles
Son dernier parcours eut lieu le 8 janvier 2004 à 21 h au départ de la gare Noailles pour le dépôt St Pierre.
Il fut remplacé par une ligne de bus « Bourse – St Pierre ». Pendant
les travaux d’installation du tramway (jusqu’en 2007 08 ?), le terminus
Bourse est déplacé dans la rue de la Grande Armée (devant le bureau de
la Poste des Réformés, face au cours Joseph Thierry).
Un peu d’histoire ?
Messieurs Peyronnet et Sylvestre déposent en 1883 un
projet de chemin de fer entre le centre ville et les quartiers
Blancarde - St Pierre. Une partie souterraine permettrait de rejoindre
l’hôpital de la Conception à la Canebière. Le reste en aérien. Ils ne
réunirent pas les crédits nécessaires, le projet fut abandonné.
Une nouvelle société « Compagnie du Chemin de Fer de l’Est Marseille »
déposa un nouveau dossier le 12 mars 1891. Les autorisations
nécessaires furent accordées pour une ligne partant du Marché des
Capucins (à deux pas de la Canebière) en souterrain sur 2,970 km sous
la Plaine.

Partie aérienne sur la longueur du Bd Chave [
2], arrêt devant la gare SNCF Blancarde et terminus au dépôt St Pierre, face à la grande entrée du cimetière.
Les travaux de deux ans permirent l’inauguration de la ligne le 23
décembre 1893. Des virages dans le tunnel de 800m de long sont
inhabituels. Les architectes ont voulu éviter des mauvaises surprises
avec les immeubles pendant le creusement, aussi ont-ils suivi le dessin
des rues.
Le tunnel n’ayant pas de système de ventilation, les locomotives à
vapeur ne dégageaient pas de fumée. Ces engins à vapeur surchauffée à
haute pression de type « Lamm et Franck » se chargeaient au dépôt St
Pierre en vapeur et pouvaient effectuer le trajet aller retour. Le
train était constitué d’une locomotive et de deux voitures à boggie
mono-essieu. Le tarif était différent selon la classe (3 catégories).
Le terminus centre ville présentait la particularité d’obliger la
locomotive à changer de sens sur une plaque tournante. Opération
actionnée à la main par des ouvriers. Grosse perte de temps.
L’affluence du début ne dura pas. En 1900 le réseau de tram fut
électrifié et une ligne concurrente « Vieux-Port, la Plaine (par la rue
Thiers), rue de l’Olivier vit le jour.
Le 2 mars 1904, la compagnie fit faillite. Reprise par la CGFT (Compagnie Générale Française des Tramways), la ligne fut transformée.
Du 3 août au 29 octobre 1904, la voie fut reprise sous le tunnel pour
avoir un écartement normal, identique à l’ensemble du réseau qui fut
électrifié. Ce fut un succès.
Cette
ligne devint la plus fréquentée de Marseille. En 1913, près de 3
millions de voyageurs l’empruntaient et 5 millions en 1924. Aux heures
d’affluence une rame partait toutes les 3 minutes et en 1975 c’étaient
5,5 millions de voyageurs qui parcouraient les platanes du boulevard
Chave.
Le tunnel et la Gare Noailles ont l’honneur d’avoir été décrits par Marcel Pagnol dans ses souvenirs d’enfance. [3]
Entrée du tunnel Chave
Des transformations dans le tunnel permirent de
l’élargir dans les années 1943 45 pour la pose d’une seconde voie. De
1966 à 69 d’autres travaux sont engagés. Les voies sont posées sur une
plate-forme en béton et le système des lignes aériennes est modifié
pour permettre la mise en circulation de nouvelles machines. Ce sont
seize motrices PCC. Elles seront rénovées en 1984. Le terminus Noailles
doit être aménagé pour recevoir la connection avec la ligne de métro.
Ce sera l’occasion d’y créer un musée des transports,
inauguré le 3 mars 1984 simultanément avec la nouvelle station
"Noailles" lors de l’ouverture de la ligne 2 du Métro. Deux machines
d’époques différentes y seront exposées.
Depuis l’arrêt du tram 68, le tunnel servait de garage aux rames de
tramway. Elles furent évacuées en plusieurs temps dans un hangar de la
Joliette en décembre 2005 et ensuite attribuées en deux lots [4] pour rejoindre la région parisienne.
5 février 2007 : Marcel Charreton, responsable du chantier, organise
une visite du tunnel Chave en travaux. Il est accompagné de Mr Bruno
Gilles, Maire de Secteur et des présidents des Comités des quartiers
concernés.

Les travaux engagés actuellement
sur le tunnel de 750 mètres sont prévus pour 18 mois, achèvement du
chantier en retard de un an selon les prévisions de départ. Livraison été 2008.
Par
contre, bonne nouvelle, les platanes du boulevard Chave résistent aux
grandes manœuvres des engins de terrassement. Il faut survivre dans ce
va et vient de poussières et de bruits. La circulation actuelle sur
cette artère est des plus difficiles pour les riverains ; les autres
automobilistes qui fréquentent l’axe Sakakini en ont une idée à
l’intersection.
Programme des travaux en cours :
Deux
puits de ventilation vont être installés, un au niveau du lycée Thiers
(côté théâtre des Bernardines), le second en haut du boulevard Chave
(côté Plaine) ;
Nettoyage à haute pression (500 bars) et décapage des voûtes ;
Pose de bandes de drainage pour canaliser les eaux ;
Installation de cintres métalliques ;
Pose des rails (il n’y aura plus qu’une seule voie sous le tunnel et deux quais à la Gare Noailles au lieu de trois.
Sources :
- Dictionnaire des Marseillais, Edisud 2003
-
Zig Zag de Pierre Gallocher, Ed P. Tacussel 1985
-
Le quotidien La Provence
-
Marseille Hebdo
Je vous encourage à visiter les sites suivants.
Certains
apportent des photos anciennes superbes et des précisions très
techniques sur les machines utilisées, d’autres donnent avec détail les
plans des lignes du futur tramway et des vidéos virtuelles très
réussies.
Notes :
[1] Jean-Jaurès :
de son nom d’état civil Auguste Marie Joseph Jean Léon Jaurès, était un
homme politique français, né à Castres le 3 septembre 1859 et mort à
Paris le 31 juillet 1914
[2] Chave André.
Né et mort à Marseille 12.4.1799 – 14.8.1868. Propriétaires de terrains
dans ce quartier agricole du Camas, les deux frères André et Nicolas
Chave décident de créér la « Cité Bergère ». Projet refusé par le
Conseil Municipal en 1831. Ayant été autorisés par ordonnance royale du
25 avril 1841, ils réalisent avec leurs voisins Terrusse, Mérentié et
Rougier un lotissement aux rues rectilignes. Certaines rues portent
encore leurs noms. André Chave fut le directeur de l’opération. Un
buste d’André Chave décore au 1er étage l’immeuble de l’angle Bd Chave
– place Jean-Jaurès. Cet immeuble fut construit pour le fils de André
Chave par Gaudensi Allar (frère du sculpteur André)
[3] Marcel Pagnol né à Aubagne le 28.2.1895 et décédé à Paris le 18.4.1974.
L’Académicien cite la Gare Noailles, toujours nommée Gare de l’Est par
les vieux Marseillais et le tunnel Chave, dans ses "Souvenirs
d’Enfance" "Château de ma Mère".
"Cette gare n’était rien d’autre que le terminus souterrain d’un
tramway, et son nom même était une galéjade. L’Est, en la circonstance,
ce n’était pas la Chine, ni l’Asie Mineure, ni même Toulon : c’était
Aubagne, où s’arrêtaient modestement les rails de l’Est, sous des
platanes occidentaux. (...)
Le tunnel, vaguement éclairé par des
lumignons dans des niches, n’était composé que de courbes et de
virages : après un quart d’heure de grincements et de cahots, nous
sortîmes des entrailles de la terre, juste au début du boulevard Chave,
à 300 mètres à peine de notre point de départ... Mon père nous expliqua
que cet ouvrage singulier avait été commencé par les deux bouts, mais
que les équipes terrassières, après une longue et sinueuse flânerie
souterraine, ne s’étaient rencontrées que par hasard".
En
fait, le parcours souterrain suit le tracé en surface de la rue des 3
Mages ; de la rue Sibié et de la place Jean-Jaurès. Ce choix a permit
d’éviter l’achat du tréfonds des immeubles.
[4]
des sept rames PCC actuellement à l’inventaire, 3 rames sont destinées
à la Belgique (STIB de Bruxelles) ; 2 rames seront conservées à
Marseille ; 1 rame devrait rejoindre le Royaume Uni pour circulation
touristique ; 1 rame rejoindra le musée ferroviaire de la Barque, les
autres pour l’AMTUIR [[AMTUIR Association pour le musée des
transports interurbains et ruraux - Musée des Transports Urbains | (33)
- (0)1-42-42-43-96 | 163, boulevard Charles de Gaulle - 92 700 Colombes
| amtuir@amtuir.org