Un jour de novembre 2002, je descends avec toute ma petite troupe au Vélodrome :
première rencontre avec le groupe OLM, grands moments...
premier
match au Vélodrome depuis près de 10 ans... Marseille/Montpellier, une
"affiche" qui risque de réchauffer un peu son monde en ce week-end de
Toussaint...
Madame BN, mon frangin et Raphaël, mon meilleur pote, m’accompagnent.
Pendant l’échauffement des joueurs sur la pelouse mythique du Vél, extrait d’un dialogue avec Raphaël alors que nous sommes au coeur du Virage nord :
Raphaël : "Nico, je t’ai dit qu’un de mes collègue de boulot était devenu arbitre de L1 ?"
Moi : "Ah bon ??? Excellent !! Et comment s’appelle-t-il ?"
"Je ne sais pas... Son prénom c’est Stéphane ... mais je ne me souviens plus de son nom... Il vient juste de débuter en L1."
"C’est rigolo, ce soir c’est Stéphane LANNOY qui arbitre le match, ça ne serait pas lui par hasard ?"
Raphaël
regarde le corps arbitral en plein échauffement : "Bah écoute... de
loin... il est grand comme lui....mais je ne sais pas."
Un peu plus tard, au cours de la 3ème mi-temps au resto le Petit Plat :
entre 4 pastis, la télé crachouille les images de la soirée.
Le match a été chaud, expulsion de Célestini à la demi-heure de jeu,
mais l’OM a gagné contre des montpelliérains accrocheurs...
L’arbitre en a pris un peu pour son grade après l’expulsion du suisse.
Soudain je vois Raphaël s’étrangler entre deux bouchées de pizza s’exclamant :
"Putain Nico, c’est lui ! C’est mon collègue qui nous a arbitré ce
soir !". Grands éclats de rire et grosse pression de Kakounet, un poil
chambreur !!
Depuis cet épisode, on a continué à suivre d’un peu plus près le parcours de Stéphane LANNOY.
Raphaël le croisait de temps en temps au boulot.
Et puis tout s’accélère :
Stéphane LANNOY arbitre presque coup sur coup OM-Toulouse (décembre 2003) et OM-Strasbourg (mars 2004).
L’OM gagne les deux matches, avec à chaque fois, une expulsion chez l’adversaire !!
Aurions-nous un porte-bonheur chez les arbitres ?
Pour en avoir le coeur net, rien de tel que de poser la
question à l’intéressé lui-même !! Raphaël se charge de voir si un
rendez-vous est possible.
Et c’est de manière très spontanée et sympathique que Stéphane LANNOY répond favorablement à notre demande.
Raphaël et moi avons donc eu rendez-vous sur son lieu de travail, une grande surface de l’agglomération lilloise.
C’est un homme très sympathique et disponible que nous
rencontrons : assez cool, il nous reçoit au boulot, alors que sa
journée a commencé à 5 h du mat’ !
Nous nous installons dans les réserves du magasin, dans
un local du CE. Je commence par présenter l’asso et remets pour
l’occasion à Mr Lannoy quelques pages imprimées depuis notre site web.
Histoire de mieux nous situer.
Aujourd’hui en exclusivité pour OLM, voici donc le contenu de notre entretien. Bonne lecture !!

- Mr Lannoy en cravate rouge aux côtés de choco bn
01- chOcO BN :
"Vous avez arbitré votre premier match de L1 le 03 août 2002 [Nice-Le
Havre]. Peu de temps après, vous dirigiez votre première rencontre au
Stade Chaban-Delmas à Bordeaux puis la seconde au Parc des Princes.
Le 02 novembre 2002, vous arrivez au Vélodrome pour
arbitrer OM-Montpellier. Que représentait alors pour vous l’enceinte du
Boulevard Michelet ?"
Stéphane LANNOY :
"Le stade Vélodrome est l’un de ces stades incontournables dans la
carrière d’un arbitre ; un lieu où l’on a envie d’aller arbitrer un
jour. Cela fait partie de l’aboutissement d’une carrière que d’aller
dans ces stades mythiques qui ont une histoire, un passé : Geoffroy
Guichard, le Parc des Princes, Chaban-Delmas. Et puis le Vélodrome
c’est un grand stade, une histoire avec l’OM des années 90, une
ambiance méridionale, un public, 44.000 abonnés, donc toujours du
monde."
02- chOcO BN :
"Etiez-vous déjà venu au Vélodrome avant cette rencontre ? En tant que
spectateur ? En tant qu’arbitre ? Si oui, à quelles occasions ?"
Stéphane LANNOY :
"Oui, en tant que spectateur, lors d’un Marseille/Dunkerque"
03- chOcO BN :
"Quelles impressions peut-on avoir lorsque l’on apprend que l’on est
désigné pour arbitrer au Vélodrome pour la première fois alors qu’on
vient à peine de débuter l’arbitrage en L1 ?"
Stéphane LANNOY :
"La première sensation est la satisfaction d’y aller.
Diriger un match au Vélodrome après seulement 4 mois d’exercice en L1,
c’était quelque part inespéré. En même temps, c’était une certaine
marque de confiance de la part de la Direction Nationale Technique de
l’Arbitrage qui estimait que j’étais capable d’arbitrer au Vélodrome.
Bien entendu, ce n’était pas un OM-PSG mais quand même un derby du sud.
On peut assimiler cette désignation à une certaine forme de
reconnaissance.
Ensuite vient très vite un second sentiment qui est en réalité de se
mettre une pression supplémentaire : bien remplir sa mission pour
pouvoir, par la suite, avoir le droit d’y retourner !!
On espère donc finir le match sans avoir commis LA grosse boulette qui pourrait nous marquer au fer rouge !"
04- chOcO BN :
"Avez-vous recherché à vous renseigner plus que d’habitude sur la
ville, le club, notamment auprès de collègues qui étaient déjà venus au
Vélodrome ?"
Stéphane LANNOY :
"Non. Pour moi l’OM doit être un club comme les autres, ni plus, ni moins.
Bien entendu, je lis la presse sportive mais sans plus. Je me concentre
avant tout sur le match que je dois faire, sur ma mission.
Je me renseigne sur les aspects logistiques et l’intendance : où je
vais dormir, le transport, où se situe le stade et comment je vais m’y
rendre... Pour le reste, je n’ai pas d’habitudes particulières.
Par contre, j’enregistre tous mes matches sur vidéo afin de pouvoir les
visionner la semaine suivante et ainsi voir ce qui n’a pas été, pour
faire mon autocritique.
Enregistrer ses matches pour faire de l’autosatisfaction ne m’intéresse
pas. Je cherche toujours à améliorer mes prestations et à me remettre
en question.
Le travail sur vidéo à posteriori est important pour moi. Cela résulte d’une démarche personnelle.".
05- chOcO BN :
"Avant d’arbitrer une rencontre, vous arrive-t-il de vous renseigner
pour savoir qui est sous le coup d’une suspension en cas de prochain
avertissement ?
Sur les joueurs ? Avez-vous une "liste noire" (joueurs qui trichent, provoquent, simulent...) ?"
Stéphane LANNOY :
"Non aucunement !! Le faire reviendrait à se rendre prisonnier d’un
système et d’une logique complètement arbitraire et subjective, ce qui
est contraire à notre mission d’arbitre.
Non, ce genre de pratique est totalement contraire à l’objectif
prioritaire qui est pour moi de prendre, pendant le match, toutes les
décisions sans parti pris et sans préjugés.
Par exemple, les joueurs sous le coup éventuel d’une suspension : je n’y prête pas attention.
Par contre, ce qui peut se produire, c’est que le capitaine de
l’équipe, au moment de signer la feuille de match avant le coup
d’envoi, vienne nous trouver dans les vestiaires en disant "tel
joueur de chez nous est sous le coup d’une suspension s’il est averti
ce soir ; si jamais ça chauffe un peu avec lui au cours du match,
pouvez-vous passer par mon intermédiaire pour lui calmer les esprits
avant de le sanctionner ?"
Attention : on ne me demande jamais
de ne pas avertir le joueur, juste de la part du capitaine la volonté
de jouer les intermédiaires, les bons offices si ça tourne mal"
06- chOcO BN :
"Revenons sur le carton jaune pris par Didier Drogba lors du match OM-INTER en Coupe UEFA.
Qu’en pensez-vous ? L’arbitre devait bien savoir que l’attaquant
phocéen serait automatiquement suspendu pour le match retour en cas de
nouvel avertissement ?"
Stéphane LANNOY :
"Disons que c’est le carton "con" par excellence. Après il est vrai que
sur le fond, il n’y a pas faute grave comme un tacle par derrière ou
avec les deux pieds décollés (ce qui est d’ailleurs sanctionné par un
carton rouge direct)... Oui, on a le droit de manifester sa joie après
avoir marqué un but. D’ailleurs chacun y va aujourd’hui de sa petite
originalité : pas de danse, pirouette.. Tout était plus ou moins toléré
même si depuis l’Euro le fait d’enlever son maillot vaut carton jaune
(circulaire FIFA). S’accrocher aux grillages peut s’interpréter comme
une provocation. C’est une circulaire FIFA qui l’interdit strictement
et sanctionne le fait d’un avertissement. Pour le cas de Drogba contre
Milan l’arbitre a appliqué le règlement à la lettre"
07- chOcO BN :
"Revenons à OM-Montpellier de novembre 2002.
Quelle impression gardez-vous de ce premier rendez-vous avec le bouillonnant Vélodrome ? [pour
rappel, victoire poussive de l’OM 2-0 avec expulsion de Célestini au
bout de 30 minutes de jeu à 0-0 ; match assez tendu avec des héraultais
agressifs à souhait, notamment Riou le gardien boxeur", NDLR]
Stéphane LANNOY :
"Tout d’abord j’ai été impressionné par le monde présent : 52.000 spectateurs [Mr Lannoy se souvient des moindres détails, NDLR], l’ambiance était assez particulière.
Même si le stade Vélodrome est très ouvert, le bruit porte énormément sur le terrain comme par exemple Le "aux armes"
que se renvoient les deux virages... Bien entendu, je reste concentré
sur le match et je ne fais pas attention précisément à ce qui est dit.
Mais, cela reste très prenant. D’ailleurs, quand il y a une telle
ambiance, quel que soit le niveau sonore des encouragements, cela est
très motivant pour un arbitre. On se doit d’être à la hauteur.
Pour le reste, c’était un match rugueux, engagé... bref, un derby méditerranéen !
J’avais comme toujours le souci de bien faire avec comme principale
préoccupation de ne pas influer, modifier le résultat final par une
décision hasardeuse ou litigieuse.
C’est l’élément le plus important pour moi : ne pas se rendre compte
après coup que le cours des choses a été changé uniquement de son
propre fait, de sa propre erreur. La remise en cause personnelle est,
après coup, d’autant plus forte même si l’erreur est humaine.
Personne n’est à l’abri... Finalement, cet OM-Montpellier s’est plutôt bien passé."
08- chOcO BN
"Cela vous est-il déjà arrivé justement d’avoir cette sensation d’être passé à côté du match ? D’avoir influé sur le jeu ?"
Stéphane LANNOY :
"Oui, lors de Bordeaux-Strasbourg en septembre/octobre 2002. J’ai
refusé un but marqué par Pauléta pour une faute préalable de Dugarry
sur un strasbourgeois mais je me suis rendu compte après coup que la
faute était inexistante."
09- chOcO BN :
"Depuis cet OM-Montpellier, vous avez dirigé OM-Toulouse (décembre
2003) puis dans la foulée OM-Strasbourg (février ou mars 2004). Au
total, 3 matches, 3 victoires de l’OM avec sur les deux derniers
matches, à chaque fois une expulsion chez l’adversaire... Savez-vous
qu’on commence à vous surnommer "le ch’ti porte-bonheur" dans les
travées du Vélodrome ?"
Stéphane LANNOY :
"Oui je suis au courant et je suis content que l’on me pose cette question. Cela va me permettre de mettre les choses au point.
Je dois dire que ce genre d’étiquette n’est pas une bonne chose à mon sens.
Le jour d’OM-Strasbourg, La Provence
fait une page complète sur le match avec notamment un petit encart sur
les statistiques et le fait que j’avais arbitré OM-Toulouse en décembre
avec expulsion côté toulousain.
Les journalistes m’avaient aussi attribué, par erreur, le match
OM-Ajaccio de janvier où il y avait également eu une expulsion chez
l’adversaire. En fait, les journalistes ont dû me confondre avec
Stéphane MOULIN car je n’ai pas arbitré cet OM-Ajaccio !
Toujours est-il que dans l’article la conclusion était que Monsieur LANNOY était le porte-bonheur de l’OM à domicile.
Durant le match, un concours de circonstances fait qu’en dix minutes, nous refusons un but aux strasbourgeois [but
refusé car nous estimons, mon assistant et moi, qu’un alsacien est en
position de hors-jeu et influence directement l’action] puis nous expulsons un défenseur strasbourgeois [faute en position de dernier défenseur].
Drogba marque puis il y a enchaînement de buts pour l’OM. A la fin du
match, M. KOMBOUARE, entraîneur de Strasbourg, vient me voir et me dit
"je comprends mieux pourquoi on vous surnomme le porte-bonheur de l’OM"
[l’anecdote a été publiée par L’Equipe].
Au final, ce genre d’étiquette nous dessert et alimente les polémiques
inutiles, les sous-entendus alors qu’il y a déjà suffisamment de
pressions et de tensions autour d’un match de L1.
D’ailleurs, je rappelle que j’expulse Célestini lors d’OM-Montpellier
en 2002. Je n’expulse donc pas uniquement des joueurs adverses !! Quand
il y a faute, je sanctionne en toute objectivité.
Si j’étais vraiment le porte-bonheur de l’OM à domicile, je mettrais
toujours 15 cartons jaunes et 32 rouges à l’équipe adverse et l’OM
gagnerait toujours par 10 buts d’écart... Non, il s’agit plus d’un
concours de circonstances qu’autre chose, mais bon, c’est comme ça..."
10- chOcO BN :
"Sur le site OLM,
on peut noter les arbitres après chaque match. Vous avez une moyenne de
5.81/10 après seulement 3 matches, ce qui est honorable par rapport à
certains de vos collègues qui plafonnent à 4 avec plus de matches à
leur actif... C’est plutôt flatteur !!"
Stéphane LANNOY :
"C’est sympa ce genre de statistiques... Je ne savais pas que cela
existait... Même si cela n’est pas forcément de la plus grande
objectivité, c’est plutôt pas mal comme système et intéressant"
11- chOcO BN :
"Avez-vous vous-même joué au football ? Si oui, pensez-vous que cela
puisse vous aider dans votre fonction d’arbitre ? (16 des 21 arbitres
ayant officié en L1 durant la saison 2003/2004 ont joué au football) ?"
Stéphane LANNOY :
"Oui j’ai joué au foot étant jeune... Bien entendu à un niveau très
modeste. C’était bien moins rapide et technique que le niveau pratiqué
en L1 ou L2 [rires]. Toutefois cela me permet souvent de "sentir" ce
que va essayer de faire un joueur sur le terrain, d’avoir une meilleure
perception des choses"
12- chOcO BN :
"A quel poste avez-vous joué ???"
Stéphane LANNOY :
"Milieu de terrain, n° 10"
13- chOcO BN :
"Etes-vous un grand amateur de foot ? Suivez vous de près l’actualité du foot, les matches télévisés, la presse écrite ?"
Stéphane LANNOY :
"J’essaie de faire un break quand je suis à la maison. J’évite de
regarder les matches à la télé. Par contre je dévore les journaux
spécialisés"
14- chOcO BN :
"Comment sont désignés les arbitres ?"
Stéphane LANNOY :
"Environ 15 jours avant la rencontre, par un membre de la Direction Technique Nationale de l’Arbitrage.
Plusieurs paramètres sont pris en compte notamment afin d’éviter que ce
soit toujours le même arbitre qui dirige tel ou tel club.
Par exemple, quand j’ai arbitré OM-Toulouse, durant les semaines qui ont suivi je n’ai ni arbitré Toulouse, ni l’OM.
Ensuite, sont également pris en compte les appréciations des
superviseurs qui nous contrôlent à chaque match, la nature du match
(derby, affiche, match à enjeu)"
15- chOcO BN :
"Avez-vous le droit de refuser d’arbitrer un match ou un club en particulier ?"
Stéphane LANNOY :
"En début de saison on peut formuler des voeux.
Par exemple, si on a eu un gros souci avec tel ou tel club la saison
précédente, on peut demander de ne plus l’arbitrer l’année suivante,
que ce soit à domicile ou à l’extérieur.
C’est souvent préférable pour faire retomber la pression. Ensuite on ne
peut pas arbitrer un club de la même ligue et du même département que
ceux auxquels on est rattaché. Exemple : je suis de la Ligue
Nord-Pas-de-Calais et je suis domicilié dans le département du
Pas-de-Calais. Je n’ai donc pas le droit d’arbitrer LENS ou Calais mais
je peux arbitrer le LOSC ou Valenciennes ou Wasquehal.
Avant on ne pouvait pas du tout arbitrer un club de la même ligue. Il y
a eu un assouplissement car on s’est rendu compte qu’il y avait
beaucoup d’arbitres de la Ligue Méditerranée et dans le même temps
beaucoup de clubs de L1 et L2 dans cette même Ligue : il n’y aurait pas
eu assez d’arbitres si on avait maintenu la règle initiale pour
arbitrer tous les clubs du sud de la France !
16- chOcO BN :
"Pouvez-vous choisir vos assistants ?"
Stéphane LANNOY :
"Oui. Mais là aussi cela doit se faire en début de saison.
Moi
par exemple, j’ai choisi de travailler toute la saison avec une
personne en particulier. Le choix se fait par rapport aux affinités que
l’on peut avoir. Cela permet aussi de travailler plus en équipe et cela
peut aider dans la prise de certaines décisions car il y a des
automatismes, une complicité, une relation de confiance qui se créent.
On peut ainsi constituer des binômes ou trinômes en début de saison
mais ensuite on ne peut plus changer pendant la saison. En dehors des
voeux que l’on peut émettre, c’est la Direction Technique Nationale de
l’Arbitrage qui décide qui va diriger une rencontre et avec quels
assistants".
17- chOcO BN :
"La Direction Technique Nationale de l’Arbitrage tient-elle compte des voeux que vous formulez en début de saison ?"
Stéphane LANNOY :
"Lorsqu’un gros souci est survenu la saison précédente, oui évidemment."
18- chOcO BN :
"Quand la désignation pour arbitrer un match a eu lieu, 15 jours avant
la rencontre, pouvez-vous encore refuser d’arbitrer ? Si oui, à quelles
conditions ?"
Stéphane LANNOY :
"Si un problème majeur survient : soucis familial, personnel (expl. décès), problème médical (blessure à l’entraînement..)"
19- chOcO BN :
"Il n’échappe à personne qu’un fossé de plus en plus grand se creuse
entre les arbitres et les supporters même si tout le monde s’accorde à
dire qu’il est devenu très difficile de diriger le football actuel
(enjeux économiques, médiatisation, simulations, rapidité du jeu...) ?
Qu’en pensez-vous ?"
Stéphane LANNOY :
"Il ne faut pas oublier qu’au départ il y a un décalage naturel entre les supporters et les arbitres.
Les premiers ont une attitude "clubiste" : ils supportent un club, une
équipe, une ville. Ils ont un attachement fort à cette identité. Ils
encouragent leur équipe et je n’ai jamais vu un supporter souhaiter la
défaite de son club !
Cet
élan conduit naturellement à une certaine forme de chauvinisme, une
défense systématique du club de son coeur.
Cela se comprend très facilement : on souhaite que son équipe gagne et
que rien ne va venir faire obstacle à la victoire. Cela passe donc par
un certain parti pris dans les situations complexes ou défavorables
(même quand la faute est évidente), notamment envers l’arbitre qui
oserait siffler ou prendre une décision contre les intérêts de l’équipe
que l’on supporte.
Je comprends tout à fait les réactions épidermiques des joueurs,
entraîneurs, dirigeants, supporters car ils sont passionnés, pris par
le feu de l’action et de la passion.
C’est naturel et normal.
Et puis de l’autre côté, il y a le monde des arbitres qui sont là, non
pas pour supporter et favoriser tel ou tel club, mais pour diriger un
match en toute impartialité, sans parti pris. Les arbitres ont un rôle,
une mission qui est de diriger en toute objectivité un match entre deux
équipes. Le fossé naturel entre les deux mondes est là et existera
toujours.
Après, il est évident que les enjeux économiques grandissant, la
pression, lors de certains matches, alimentée par une forte
médiatisation, la qualité technique des retransmissions, les
ralentis... tout cela exacerbe les passions !! Mais il ne faut pas
oublier que l’on doit prendre des décisions importantes en une fraction
de seconde, sans filet, sans ralenti.
Ce n’est pas toujours facile, le foot de haut niveau est très
technique, ça joue vite... C’est d’autant plus difficile si l’on tombe
avec des joueurs qui trichent, simulent."
20- chOcO BN :
"Il y a des moments où je n’aimerais pas être à votre place !"
Stéphane LANNOY :
"[sourires] Attention, si je suis arbitre c’est un choix de ma part. Je l’ai voulu et on ne m’a rien imposé !"
21- chOcO BN :
"Justement, pourquoi avoir choisi d’être arbitre ? Quelles motivations ? "
Stéphane LANNOY :
" J’ai décidé d’être arbitre pour les valeurs que cette fonction comporte : justesse des décisions, justice, impartialité..."
22- chOcO BN :
"Votre meilleur et plus mauvais souvenir vécus en tant qu’arbitre ?"
Stéphane LANNOY :
"Meilleur souvenir au pluriel : mon premier match au Vélodrome et ma
première sortie en Coupe UEFA. Quant au plus mauvais, pour le moment
aucun !!"
23- chOcO BN :
" Le fossé entre supporters et monde arbitral est donc naturel. Mais
par quelles actions pourrait-on réduire ce fossé entre le corps
arbitral et les supporters pour qu’il y ait une meilleure compréhension
entre les deux ? développer par exemple les retransmissions où le
télespectateur peut entendre ce que dit l’arbitre ? [expérimentation
lors d’OM-Bastia, Coupe de France 2003 NDLR]"
Stéphane LANNOY :
"Je ne pense pas. Je ne suis pas certain que le procédé soit vraiment
instructif pour le téléspectateur car ce que l’on peut dire pendant un
match est très répétitif. L’aspect pédagogique est donc limité.
Par contre l’initiative que vous avez eu en venant me voir est quelque
chose d’intéressant de la part d’un supporter : casser les idées reçues
sur les arbitres, expliquer les choses, poser des questions...
Je pense qu’il faut davantage de dialogue entre le corps arbitral et les supporters aussi partisans soient-ils".
- 24- chOcO BN :
"
Imaginons que vous arbitrez à nouveau l’OM la saison prochaine.
Seriez-vous partant, par exemple, pour visionner la vidéo du match en
compagnie de supporters des deux clubs pour expliquer le pourquoi de
vos décisions ?"
Stéphane LANNOY :
"L’idée est intéressante mais le temps après match est compté
(débriefing avec le superviseur, établissement du dossier du match avec
le délégué etc...)."
25- chOcO BN :
"Et la place de la vidéo dans l’arbitrage ? Comment percevez-vous ce
moyen qui pourrait être mis à votre disposition ? Doit-on par exemple
en arriver à une utilisation permanente pendant le match comme au
football américain ?"
Stéphane LANNOY :
"Généraliser et imposer la vidéo dans l’arbitrage pendant le match
reste avant tout une décision à prendre au niveau politique : comment,
quelles limites, quels moyens ?
Si on décide d’utiliser la vidéo pendant le match, il est évident qu’il
faut cadrer et réglementer cet usage sinon on pourrait faire débuter
les rencontres à 19 h 00 et on en aurait jusqu’à 23 h 30 en palabres et
contestations !
La vidéo ? Pourquoi ne pas améliorer le système de l’arbitrage grâce
aux moyens techniques modernes mais à condition que cela soit adapté,
réglementé de manière précise et que cela respecte l’universalité du
football".
26- chOcO BN :
"Comme la vidéo utilisée par la commission de discipline ?"
Stéphane LANNOY :
"Oui. C’est pour moi l’élément le plus adapté. Cela permet de
sanctionner les joueurs qui ont triché, simulé, fauté pendant le
match...Le plus souvent derrière le dos de l’arbitre, c’est mieux !
[sourires] Ce système permet de venir en aide à l’arbitre qui ne peut
pas toujours tout voir.
Mais il faut y joindre des sanctions fortes pour que cela reste
dissuasif. Si un joueur sait qu’il risque une suspension ferme de 5
matches car il a simulé un pénalty, il réfléchira à deux fois et les
clubs et dirigeants aussi !
De la même manière, si la tricherie a eu une influence directe sur le
résultat du match (ex : un pénalty obtenu après simulation, seul but de
la rencontre ou but de la victoire), on peut imaginer un retrait de
point après coup par la commission de discipline si la tricherie est
avérée par la vidéo".
27- chOcO BN :
"Et l’utilisation des oreillettes et de la liaison radio avec vos assistants : quel apport ? quelle relation de confiance ?"
Stéphane LANNOY :
"On a une prise de décision plus rapide ; cela évite les contre-sens et
dysfonctionnements et les palabres autour de l’assistant"
28- chOcO BN :
"Et la professionnalisation des arbitres : qu’en pensez-vous ?"
Stéphane LANNOY :
"Dans la préparation des matches, ce serait une bonne chose : plus de
temps à consacrer aux soins, à la récupération, au visionnage des K7.
Bref une professionnalisation de notre préparation de match"
29- chOcO BN :
"Connaissez-vous le nom des 4 tribunes du Vélodrome ?"
Stéphane LANNOY :
"Ouh la la... je ne suis pas très foot ! Il y a le virage nord... mais après je ne sais pas [ah ah le virage nord, nord comme notre département d’origine, virage nord comme celui d’OLM !! ndlr ]"
30- chOcO BN :
"Avez-vous déjà visité la ville, ses environs ?"
Stéphane LANNOY :
"Quand je vais à Marseille pour arbitrer un match, j’aime bien me
balader sur le Vieux-Port et manger là. Avant le match, j’évite la
bouillabaisse !! [rires] mais après, pourquoi pas, j’aime bien ce plat.
Sinon, je connais bien la région de Cassis et apprécie particulièrement
les calanques de Port-Miou"
31- chOcO BN :
"Quand nous reverrons-vous au Vélodrome ?
Stéphane LANNOY :
"Sans doute au cours de cette saison 2004-2005...
On peut se contacter le moment venu pour refaire un reportage.
En tout cas, si je dois revenir au Vélodrome pour diriger une
rencontre, je le ferai toujours avec le même souci d’impartialité et en
toute objectivité".
Finalement, pris à notre propre jeu, nous avons largement dépassé le temps prévu.
Très "sport", Mr LANNOY a fait montre d’une grande
patience malgré la fatigue et une journée qui n’était pas terminée :
entraînement le soir puis le lendemain début d’un stage des arbitres.
Encore un grand merci pour votre disponibilité
et à bientôt au Vél Mr LANNOY !
Ici Lille, à vous les studios
chOcO BN
avec le précieux concours de
Raphaël et de Papy Durand.

Post-Scriptum :