Réponse à l’article "Marseille revoit ses ambitions à la baisse"
Monsieur Henry, vous nous permettrez de réagir à votre article du 28
août intitulé « Marseille revoit ses ambitions à la baisse » et publié
par le quotidien Libération.
posté le Monday, August 28, 2000 9:07 PM par christian :: 459 visites ::
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Presse
Nous tenons d abord à vous féliciter pour votre sagacité et votre esprit aigu de l'analyse qui vous ont permis de disséquer avec éloquence et précision les carences du jeu marseillais. En ce sens, vous mettez en lumière ce que tous, de par chez nous, savent déjà, en l'occurrence que l'équipe est en reconstruction, que le départ des éléments clés n a pas été compensé, qu'il manque un attaquant de poids en pointe, que la défense est un peu brouillonne, etc.
À voir la liste des ajustements, réglages et problèmes auxquels le club est confronté, nous sommes convaincus que la direction du club s'est empressée de communiquer avec vous pour vous annoncer que les objectifs avoués en début de saison était revus à la baisse. Nous comprenons donc la raison du titre de votre article. Toutefois, si, comme nous le croyons, vous avez laissé votre enthousiasme vous entraîner à vous substituer à la direction du club phocéen, nous vous servons un carton jaune
Et tant qu à parler de carences, nous nous permettrons bien humblement de vous mentionner celles de votre article. Ainsi, nous vous trouvons passablement condescendant avec le niveau du championnat de France de D1 en général, et de Guingamp en particulier. Dire de cette dernière qu elle a le niveau D2, c est amoindrir la qualité des résultats obtenus par ce club au cours des premières journées du championnat. D ailleurs, si l on doit suivre votre raisonnement, les petites victoires de Nantes et Monaco contre l'En Avant et, pis, le match nul contre Saint-Étienne, situent tous les rivaux au niveau de D2. Quant aux petites cylindrées que sont Troyes et Guingamp, encore une fois, vous demanderez à Auxerre et Bordeaux ce qu'elles en pensent. Notre championnat est donc bien faible, nous vous le concédons!
J espère pour vous que Monaco, le champion en titre, qui a déjà éprouvé les pires difficultés à battre Guingamp à domicile lors de la quatrième journée ne perdra pas le match retour en Bretagne. Car, si on suit votre raisonnement, vous devrez alors demander à la direction du club si ses objectifs sont à la baisse et si Monaco n a pas payé trop cher un ensemble de joueurs de niveau D2.
Il est un autre point de votre article qui nous a fait frémir. Votre analogie des joueurs brésiliens à de simples footballeurs de plage est, dans un premier temps, insultante. Elle laisse poindre cependant, une nouvelle fois, votre déplaisante propension à la condescendance. Que Marcelinho connaisse, jusqu à présent, un excellent début de saison (ses statistiques, si tant est qu elles vous intéressent, en font preuve) semble vous avoir échappé. Il est assurément plus polémiste et cynique de les dépeindre en villégiateurs qui tripotent, nu-pieds, le ballon sur les plages brésiliennes C'est votre rédacteur en chef qui a dû apprécier votre cinglante analogie. Quant à nous, nous la trouvons un tantinet déplacée.
Vous avez le droit de ne pas apprécier le style brésilien. Par contre, le réduire à du football de plage ne grandit ni votre stature, ni celle de votre journal.
Nous finirons par ce travers bien connu des journalistes qui consiste à créer un événement là où il n y en a pas. Nous vous citons : « En attendant, les ambitions revues à la baisse - officiellement, une cinquième place au championnat ferait l'affaire - ne troublent pas des supporters qu'on a connus plus coriaces. L'OM a enregistré 41 000 abonnements, à peine moins que l'an dernier, et tant qu'ils peuvent chanter «Les Guingampais, c'est des pédés!» et «Nous sommes les Marseillais! Vous êtes les enculés!», les supporters, fatigués des crises à répétition de la saison passée, se satisfont de leur sort. »
Il est certain que du point de vue médiatique, une émeute au stade Vélodrome vous aurait comblé. C'est bien connu, les supporters marseillais sont des sauvages, des vandales, des fauteurs de trouble qui cassent tout sur leur passage, malmènent leurs joueurs et réclament sans cesse la tête de leurs dirigeants.
Vous êtes surpris, et assurément déçu, de la patience de ces mêmes supporters. Vous les avez connus plus coriaces, dites-vous. C est que votre attachement à plaire à vos employeurs vous a fait occulter leur intelligence et leur compréhension de la situation qui prévaut. À Marseille, nous supportons sans broncher des joueurs qui mouillent leur maillot avec fierté et honneur. Malgré leurs limites, les joueurs de la présente édition semblent vouloir oeuvrer en ce sens. À cet égard, vous avez raison, nous nous satisfaisons pour l'instant de notre sort. Et ce n est pas un journaliste cherchant à allumer un foyer d'incendie du haut de sa morgue qui réussira à altérer notre lucidité.
En conclusion, il est bien dommage que vos carences nuisent à votre analyse pourtant fine du système de jeu marseillais. Il est vrai que lorsqu'il en va de Marseille, les principes éthiques et professionnels ont tôt fait de céder la place aux généralisations, au verbe acerbe, à l'image réductrice et à la condescendance toute nordique. Dommage en effet.
Cordialement vôtre.
Jean-François Laissus pour Online Massalia